La légende de l’artiste torturé serait donc vrai ? Il n’y a pas de Miró apaisé. C’est en substance ce que propose de démontrer l’exposition Joan Miró. Protestation, que les Abattoirs de Toulouse accueillent pour la première fois dans un format aussi complet. Près de 200 œuvres – dont plusieurs rarement montrées en France – retracent le parcours d’un artiste en rupture permanente, des ballets surréalistes des années 1920 aux tapisseries militantes des années 1970.
Le titre de l’exposition est d’ailleurs emprunté à un tract. En 1926, Louis Aragon et André Breton brandissaient une « protestation » lors du ballet Roméo et Juliette de Diaghilev, pour lequel Miró a conçu les costumes. Cet épisode fondateur servira de point de départ à un parcours chronologique qui suit les différentes tentatives de l’artiste catalan de dépasser – voire d' »assassiner » – la peinture.
Une exposition passionnante et à contre-courant que l’on pourra découvrir dès le 3 octobre 2026 à Toulouse.
Un Miró politique, collaboratif et résolument antiautoritaire à découvrir aux Abattoirs de Toulouse
Mais au fait, vous connaissez vraiment l’histoire de Joan Miró ? Avant de devenir l’un des grands noms de l’art moderne, Joan Miró n’a cessé d’expérimenter. Entre 1927 et 1937, l’artiste s’intéresse notamment à la danse et explore des matériaux peu conventionnels, comme les toiles brutes ou le papier de verre.
Puis vient la Série Barcelone, réalisée entre 1939 et 1944, dans le contexte de la guerre et des débuts du franquisme. Un tournant dans son travail : les formes deviennent plus brutales, les corps se déforment et le geste se fait plus instinctif.
Et quelques décennies plus tard, alors qu’il est déjà un artiste mondialement reconnu, Miró choisit de s’entourer d’une nouvelle génération de créateurs engagés. Parmi eux, Josep Royo, artiste spécialisé dans la tapisserie, avec qui il réalise un remarquable ensemble de tapisseries et de sobreteixims à la Farinera de Tarragone.
Le cinéma entre lui aussi dans la danse. Pere Portabella réalise plusieurs films autour de Miró, dont certains viennent ponctuer le parcours de l’exposition.
Et puis il y a La Claca, troupe de théâtre avec laquelle Miró collabore pour Mori el Merma en 1976. Librement inspirée de l’Ubu roi d’Alfred Jarry, la pièce met en scène un despote grotesque qui fait clairement écho à la figure du général Franco. Pour l’occasion, Miró imagine notamment les costumes du spectacle, qui seront présentés dans l’exposition.
Une autre façon de regarder Miró

C’est peut-être là que se trouve l’un des intérêts majeurs de cette exposition : sortir du mythe de l’artiste génial travaillant seul dans son atelier. Ici, Miró apparaît au contraire comme un artiste qui dialogue, collabore et crée avec d’autres – artistes, cinéastes, artisans et hommes de théâtre.
Une manière plus collective, et peut-être plus vivante, de découvrir son œuvre.
Une conférence inaugurale ouverte à tous
Le samedi 3 octobre 2026, de 15h30 à 17h30, Carles Guerra et Lauriane Gricourt, les deux commissaires donnent une conférence inaugurale dans l’auditorium des Abattoirs. Entrée libre dans la limite des places disponibles.
Tous les détails sur l’exposition sont disponibles sur le site des Abattoirs.