Selon un célèbre dicton populaire, le temps c’est de l’argent. Et c’est en quelque sorte cette idée qu’incarne l’horloge de la rue d’Alsace-Lorraine et les 24 chiffres que compte son cadran. Si vous vous êtes déjà demandé pourquoi elle possède un format aussi insolite, Toulouse Secret vous répond.
L’histoire de l’horloge aux 24 heures de Toulouse
En hauteur de ce bel immeuble de style haussmannien qui trône fièrement au 59, rue d’Alsace-Lorraine, à l’angle de la rue Rivals, on peut admirer une bien étrange horloge. Comme pour certains instruments de précision utilisés dans les domaines militaire, scientifique ou spatial, celle-ci compte 24 heures au lieu des 12 que l’on trouve habituellement sur nos montres et nos réveils. En une journée, son aiguille des heures effectue donc un seul tour complet du cadran, et non deux.
Pour la lire, il faut ainsi changer légèrement ses habitudes : après le chiffre 12 viennent directement 13, 14, 15… jusqu’à 24. L’aiguille des minutes, elle, fonctionne de manière classique et réalise toujours un tour complet en une heure. C’est justement ce mécanisme qui rend cette horloge si particulière : selon Vincent Laumaillé, de l’entreprise spécialisée dans l’horlogerie monumentale, une roue supplémentaire a été ajoutée au mécanisme afin de ralentir la rotation de l’aiguille des heures.
Et si vous avez parfois du mal à l’apercevoir, c’est assez logique : l’horloge est installée très haut, au niveau de la rotonde qui forme l’angle de l’immeuble. Alors que les Toulousains du XIXe siècle avaient l’habitude de lever les yeux pour consulter les horloges monumentales qui rythmaient la vie quotidienne, aujourd’hui, les vitrines de la rue d’Alsace-Lorraine ont plutôt tendance à attirer notre regard vers le bas !
Pourquoi donc Toulouse possède-t-elle un objet aussi insolite ?
L’édifice lui-même mérite déjà que l’on s’y attarde. Construit à la fin du XIXe siècle, il adopte une architecture de type haussmannien, avec une façade richement décorée et une imposante rotonde d’angle. Son emplacement n’a rien d’anodin non plus. L’immeuble a été destiné au commerce dès son origine et a accueilli des établissements bancaires au fil de son histoire. Dans les années 1980, BNP en devient d’ailleurs propriétaire.
Quant à la raison précise pour laquelle un cadran de 24 heures a été choisi en 1895, elle n’est pas documentée avec certitude. L’explication souvent avancée est néanmoins particulièrement savoureuse : installée sur un immeuble bancaire, l’horloge pourrait symboliser l’idée d’un argent qui circule 24 heures sur 24.
Un architecte et enseignant de l’École nationale supérieure d’architecture de Toulouse, Jean-Henri Fabre, expliquait ainsi que cette horloge pouvait être interprétée comme le symbole de la continuité du travail et de la circulation de l’argent dans une ville alors marquée par l’essor du commerce et du capitalisme.
À la fin du XIXe siècle, une horloge monumentale avait également une fonction beaucoup plus pratique qu’aujourd’hui. Les montres-bracelets n’existaient pas encore dans leur usage courant et les instruments permettant de connaître précisément l’heure n’étaient pas accessibles à tout le monde.
Une des deux seules horloges à 24 chiffres de France
Placée en hauteur, l’horloge pouvait donc servir de repère temporel visible depuis la rue. Sa présence sur l’un des axes commerciaux majeurs de Toulouse permettait aux passants de consulter l’heure en levant simplement les yeux.
Et cette drôle de manière d’afficher les heures est extrêmement rare. Plusieurs sources spécialisées présentent celle de Toulouse comme l’une des deux seules horloges de ce type encore connues en France, l’autre étant située à Auxerre. Une petite curiosité patrimoniale qui explique pourquoi, malgré sa discrétion, cette horloge continue d’intriguer les passants plus d’un siècle après la construction de l’immeuble.